Illustrations

Pour un graphisme Caribéen

En 1998, j’ai obtenu un diplôme d’arts & technique en Martinique avec un projet basé sur une étude des contes « créoles ». La présentation que j’avais faite, très bien notée par le jury du moment, m’ouvrait l’opportunité de poursuivre mes études dans des instituts en Europe. Mais j’ai préféré retourner en Guadeloupe et « chercher du travail » comme on dit.

Je suis content de ce choix, au départ purement pragmatique. Car depuis, c’est avec passion et patience que j’ai pu continuer à me cultiver… sur les différentes formes d’expressions culturelles – dites traditionnelles – de mon propre pays.

Aujourd’hui, après un peu plus de 15 ans d’observations, d’apprentissages, d’introspection et d’expression, je constate que les fruits de la poussée créatrice que ce parcours aura engendré en moi, intéressent plus l’étranger que la Guadeloupe elle-même (?).

L’une des raisons que je trouve en cela me provient d’un constat personnel progressivement informé et détaillé par l’expérience du terrain culturel, d’un mécanisme de détournement perpétuel de notre créativité locale, au profit de formes expressives venant d’ailleurs. C’est un travail pensé, organisé et mis en œuvre par les différents services du pouvoir politique dominant, notamment ceux dédiés au renseignement et à la culture, depuis… toujours (pour la France, depuis au moins l’an 1635) ; mais aussi par une frange de la société guadeloupéenne qui s’est auto-proclamée « élite » car « autorisée » par le système et qui exprime, par les principaux médias qu’elle contrôle, une idéologie bâtarde qui s’appuie sur deux éléments principaux :

  • la déformation ou le dénigrement subtil et sournois de toute forme de référence à l’Afrique dite traditionnelle

et

  • la diffusion subliminale d’un message d’amour inconditionnel envers une forme de « matérialisme bourgeois » .

(?)

à suivre

Désormais partiellement démasqués, notamment à travers le projet « pharaonique » (ou plutôt de ti-fanfaron) du Memorial ACTe, ils seront combattus…

Ainsi en somme, comme nouvelle « auto-communication » publique, je vous livre ici 7 références supports, principaux éléments  de mon travail expérimental de recherche graphique, qui ont déjà été diffusées depuis le passage de mon diplôme dont je parle ci-dessus :

  1. En 1999 tout d’abord, visible aussi sur mon site internet lukgama.com, « Chyen blan-la » est le premier conte que j’ai créé moi-même. Entre 1997 et 1998, dans le cadre de mon projet d’étude, j’avais déjà réalisé un conte traditionnel mettant en scène « Konpè Moustik é Konpè Chyen ». Il n’aura été vu que par mon entourage familial, celui de l’école d’art et le jury de diplôme. Sur ce sujet, mon objectif principal a été « l’émancipation graphique » des illustrations classiques visibles dans les livres et un rapprochement visuel envers une forme plus fidèle à l’expression « naturelle » d’un conte dit. Le petit film d’1 minute de l’année suivante aura été pour moi l’objet d’une présentation au grand public (à Port-Louis) d’une œuvre considérée – a priori – comme étant « de l’art ». Les racines idéologiques d’un graphisme original poussent déjà depuis cela.
  2. Quelques mois avant le passage à l’an 2000, je conçois la maquette de l’ouvrage de la première édition du mois du film documentaire. J’y introduit en illustrations des prémices de mes productions graphiques instinctives qui précédaient déjà le travail sur le conte. Ce sont des signes circulaires, assimilés à des traces de pattes de chiens par certains à l’époque, mais étant en fait des représentations graphiques des 7 principaux rythmes de la musique Gwo-ka.
  3. Plus tard en 2009, je lance le concept « Mounsinéma, sinéma a moun isi ou le cinéma des gens d’ici » (soirées cinéma & arts-graphiques dédiées à la création locale). Dans cette manifestation, je commence à utiliser les premiers outils conceptuels décelés 10 ans plus tôt dans le graphisme des visuels de la manifestation.
  4. Ensuite en 2012, chose intéressante, au milieu de plusieurs propositions d’images que j’avais émises lors de ma candidature à l’A.A.C.D.D (African and African Design Diaspora) qui se déroule à Londres, c’est l’animation « Chyen blan-la » (que je n’avais même pas mentionnée ni présentée) qui aura été choisie par le staff de cette manifestation comme présentation principale de mon travail et comme illustration de l’événement « ABSENT ART » auquel je participerais.
  5. En 2015, je me décide enfin à présenter ma première exposition individuelle, « Asi chimen… pou bout », à la médiathèque municipale de Port-Louis. Là aussi, je livre un autre pan de mon travail à travers un projet de création de pictogrammes toujours basé sur les mêmes lignes directrices.
  6. Puis en 2016, sur la base d’une création originale intitulée « Kè Péyi » , faite spécialement pour l’occasion, je suis sélectionné par la National Gallery of Jamaïca pour participer à « DIGITAL » , sa première exposition collective internationale dédiée à l’art numérique. Toujours selon le même concept, visuellement cette production présentée se base sur un choix de mise en forme utilisant une boucle d’images animées à partir de la structure rythmique du fameux boulagèl des soirées de veillées mortuaires traditionnelles locales.
  7. La même année, dans le N°2 de la revue en ligne – Lespwisavann, je livre un extrait de mon point de vue sur le monde de l’image, avec un article intitulé « Imaj é lidé adan on péyi Karayib ou vision sur l’existence des arts-graphiques & visuels en Guadeloupe ».

Pour résumé, le centre névralgique de ma recherche se trouve dans la perception visuelle des contenus artistiques, idéologiques et intellectuels présents dans toutes les manifestations traditionnelles de notre culture guadeloupéenne. Pour cela, je m’appuie sur celles que j’affectionne et sur ce que je peux montrer…

À l’instar des artistes musiciens de la mouvance « Kako » qui correspondent à mes yeux, à l’heure actuelle, aux créatifs les plus proches des préoccupations artistiques que j’évoque ici, j’invite plus d’artistes visuels, caribéens en particulier, à embrasser ce chemin créatif vertueux et vivifiant…

An nou a-y, an nou a-y, an nou -ay ! Sé la sa ka ba-y !…

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