Présentation

Kenn on zo !

La peur de la faim et la fin de la peur sont des sentiments qui traversent nos questionnements sans cesse depuis très longtemps. On pourrait dire que l’un nous tient au ventre, tandis que l’autre nous prend la tête. Ne pas réussir à combler nos désirs et notre incompréhension de la mort sont les graines du doute qui fendille notre carcasse de certitudes, lorsqu’elles germent.

Si quelques temps après ce qui a été nommé la révolution cubaine, il y a eu des affiches montrant des assiettes vides posées ça et là en Guadeloupe (dans les années 1960) pour intimider les velléités indépendantistes locales, c’est plus tard (les années 1980) et plus largement que cette stratégie de communication par la peur de la faim s’est développée, notamment, par la multitude de reportages sur les enfants mourants de faim dans le continent africain et en Ethiopie en particulier. Je me souviens de cette litanie d’images et de gros plans réguliers, qui ne pouvaient être que très marquantes pour un jeune adolescent de l’époque que j’étais.

De nos jours, l’image donnée à l’Éthiopie ne tient plus ce rôle. C’est celle donnée à Haïti qui domine les esprits, après chaque grand bouleversement politique ou écologique qu’elle traverse. À cela on peut aussi rajouter les images de migrants divers, en particulier lorsqu’il s’agit de personnes désirant se rendre en Europe ou en Amérique du Nord quelqu’en soit le prix…

La constante subliminale est toujours la même : « estimons-nous heureux de l’état de développement de « notre » société à nous »… Cet « os »intellectuel agité subtilement, mais dès que nécessaire (périodes électorales, votes de lois liberticides, camouflage d’enquêtes judiciaires envers certaines personnalités, déclarations de guerres…), nous n’en finissons pas de le ronger. Sa texture faussement spirituelle agit sur nos neurones comme un anti stress. Au sens où, plutôt que d’enclencher une stratégie de recherche véritable de solutions aux problèmes constatés, nous préférons nous dépêcher de nous rassurer de la distance qui nous en sépare physiquement ou culturellement.

Et nos diverses prothèses identitaires médiatico-égotiques n’en finissent pas de s’aiguiser en ligne dans leurs bains de réseaux sociaux du soir. Ainsi, l’image de la mort passe du petit enfant trop maigre à celle de l’ado-presque-barbu(e)-voilé(e)-hystérique, finit sa course par un formulaire à remplir (une pétition par ci,  un questionnaire par là, une inscription de ci de là…) et continue de rythmer les cycles du battement de cils de nos imaginaires…

Aussi, chaque année un peu plus retranchés dans les pensées avec lesquelles on nous habille, nous nous camouflons. Aujourd’hui, nous sommes tous plus que jamais obnubilés par le contrôle de l’image que nous donnons de nous aux autres.  Et dans ce triste désert iconographique constitué de tous nos grains de beauté et de folies, la maladive propension à l’accaparement, ce « vieux » vent qui nous traverse, nous détourne souvent des endroits vers où tourner nos regards. Les rivages de l’entendement finissent par nous paraître « trop » éloignées ou  trop « dangereux ».

Comment entrevoir, voir d’autres images ? Pour quoi voir ? Quand chercher ? Où puiser ?

Autant de questions que je ne me pose plus vraiment et qui sont à la fois à des années lumières des préoccupations d’une grande partie des gens et alors que, selon moi et d’autres…, au centre de nos vies. Et dans notre monde monétaire, les bars à silence (qui n’en ont pas encore le nom) deviennent les lieux de prédilection de tous ceux qui sont fatigués de voir.

De même que notre corps physique à besoin de fermer les yeux pour se reposer de toutes les lumières qui l’ont traversés lorsqu’éveillé, notre corps mental voire spirituel à lui aussi besoin de repos, de siestes et de sommeils…

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