Corps en arts, vie rustre

Demande d’un grand adulte blême

Ancêtres, je suis très heureux.

Je suis mort heureux.

Et j’ai beaucoup couru

Depuis les musiques de mes notifications

Et pourtant le square est assez plat qui mène aux savoirs.

Ancêtres, j’ai besoin de rester à cette petite place,

Laissez-moi, s’il vous plaît, y rester !

J’espère perdre ma mère dans les rues chaudes.

Quand le jour ne se lèvera plus hors des réponses des immeubles

Où s’ancrent les cœurs que le crépuscule va épouser.

J’espère rester cloîtré dans les quartiers verdâtres

Sur lesquels suintent les rosées de minuit,

J’espère m’éveiller d’un grand réveil du haut de petits buissons sans fruits,

J’espère rester en léthargie

Dès qu’ici claque le tonnerre des nègres

Et que la forêt

Dans une flaque d’algues

Comme une navette flottante

Ingurgite hors la ville leurs capitaines blancs…

Ancêtres, j’espère rester dans ma tête,

Laissez-moi, s’il vous plaît, y rester.

Je dis que, peut-être, un grand blanc en sortira.

Pour que nous restions différents

Des dames des campagnes

Des dames des campagnes et de mauvaise vie.

Car elles, elles espèrent

Rester comme je raconte

Des dames des campagnes,

Des vieilles et mauvaises filles.

Je n’aime pas rester loin de ma case

Où sont les boutiques vides

Que vide un ciel blême autant que ma peau blême.

Je n’aime pas le moment où le soleil aigri

Chante tout fort au-dessus des mahoganys tout droits,

Ne pas entendre ce que montre en plein jour

Le visage clair d’une jeune qui dit en mâchant un chewing-gum

Les aventures de Kim et de Kayny,

Et bien d’autres choses encore

Qui sont dans les smartphones.

Les nègres, vous le savez, n’ont pas assez travaillé.

Pourquoi faut-il, de plus, leur apprendre dans des livres

Qui leur parlent de choses qui sont de chez eux ?

Et puis elle est vraiment trop belle, leur connaissance,

Joyeuse comme ces dames des campagnes,

Ces vieilles filles,

Qui continuent de glander la journée au soleil à son zénith,

Qui connaissent bien comment courir dans leurs hauts talons,

« Qui ne savent plus conter les contes aux veillées. »

Ancêtres, j’espère rester cloîtrée dans ma confortable case de vie !

😦 ? (voir page suivante)

Graphisme & politique

Les groupes politiques usent et parfois abusent largement de la communication visuelle pour atteindre leurs publics. Mais, contrairement à ce que dit l’auteur Zvonimir Novak, dans cette entrevue réalisée en 2016, dans un monde où le divertissement fait loi, et dans les pays comme la Guadeloupe où l’illettrisme est très répandu, l’efficacité est elle toujours au rendez-vous dans les graphismes et par les méthodes de communication traditionnelles ?

Catastrophes surnaturelles & histoire à s’éveiller couché

Dans nos sociétés dites modernes, l’imaginaire nous apparait souvent comme un espace d’évasion. Mais nous oublions qu’il est aussi nourrit de réalités sur lesquelles nous n’avons que très peu de prises, la plupart du temps. En le surélevant à travers le culte de ses modes d’expressions, nous nous soumettons, une fois de plus, à l’entrave d’un totalitarisme intellectuel.

Les représentations que nous avons de la reconnaissance brillent tellement à nos yeux que nous finissons très souvent par leur vouer une adoration. Et là où il pourrait y avoir transmission de connaissances, il ne demeure presque toujours que du divertissement. Ce dernier mot a la même racine étymologique que le mot « diversion ». Lorsque nous l’avons sû, nous l’oublions facilement…

Croire en nos propres cauchemars devient jouissif. Et pour penser à nos rêves nous nous sentons obligés de le faire avec obséquiosité face à une pression globale, toute aussi immatérielle, mais qui est bien réelle.

Dans cet halo de tourments nous sommes prisonniers. Et nous en avons de moins en moins conscience. Nous vivons nos vies comme les figurants d’un film qu’on nous a dit  » important ». Les plus « prometteurs » sont vite happés par les scénaristes en chef et promis à des seconds rôles voire des premiers rôles de choix… Mais quel que soit les enjeux de l’histoire en question, nous mourrons tous à la fin.

Ainsi, la nature n’a jamais produit de catastrophes. Puisqu’elle ne joue pas un rôle, elle. Les misères sont dans nos coeurs, parce que nous les y plaçons par peur, et le plus souvent, par ignorance. Et c’est plutôt pour rationnaliser nos frustrations que nous lui assignons volontier un mauvais rôle.
La catastrophe s’est bien de nous croire en dehors ou au-dessus de la nature. Et quand bien même il pourrait y avoir un soupçon de véracité dans cette dernière idée, le simple constat de la masse d’énergie que demande de s’éloigner du milieu naturel d’où nous émergeons prouve qu’il s’agit là plus d’un désir contagieux qu’une réalité inébranlable.

Mais voilà, cette maladie des imaginaires est tenace. Car les « boites à idées » sont subventionnées.

Le courage, lui, ne l’est pas… C’est devenu un conte trop vieux, car pas assez rentable. Mais il en reste un peu. Pour le voir il faut fermer les yeux et marcher à pieds dans les cendres chaudes de son brasier.

Là où les esprits enclavés ne le chercheront plus, il repoussera, en corps et encore.

Dégoûts et des couleuvres

yal_la

Onlo adan nou ka chèché-konnèt an ki mannyè moun ka lyanné pou fè yonn. Ni sa ki ka pansé sé asi papyé ou ni pou maké sa épi sinyé sa pou sa fèt. Ni sa ki ka èspéré sé épi lapriyè pou sa fèt. É i tini on bon enpé ki pa savé an ki mannyè pou sa fèt. Sé suiv nou ka suiv sa ki ja la. É sa i ka rivé èvè pli bèl balan, sé présé-réponn ka pasé douvan présé-kouté. Kon adan on chimen nou près bout, chak lè sa rivé, nou ka vwè nou ka fè dèyè plis ki douvan.

Men, adan tout boul-moun lasa, ou pé di nou-tout maré asi menm pikèt-la : ta « lanmou » (fòl oben rézonné) nou tini pou sa nou vwè an zyé an nou é nou ka di « ki fè nou ». Imaj lasa, sé-y ki pikèt a lidé an nou asi noumenm é lidé an nou asi laliwondaj an nou.

Si apa èvè fòs a tan é on dòt lanmou, yonn pou sa-i-ka-sanm-nou-plis-la, an ki mannyè nou ké démaré an pikèt annou-la-la ?

For a Caribean graphic design

  1. In 1999 first of all, also visible on my website lukgama.com, « Chyen blan-la » is the first story I created myself. Between 1997 and 1998, as part of my study project, I had already produced a traditional tale featuring « Konpè Moustik é Konpè Chyen ». It was only seen by my family, the school of art and the jury of diploma. On this subject my main objective has been the « graphic emancipation » of the classical illustrations visible in the books and a visual rapprochement towards a form more faithful to the « natural » expression of a tale said. The small 1-minute film of the following year was presented to the general public (at Port-Louis) for a work considered – a priori – as « art. » The ideological roots of an original design are already growing.
  2. A few months before the passage to the year 2000, I conceive the model of the work of the first edition of the month of the documentary film. I introduce into it illustrations of the beginnings of my instinctive graphic productions which already preceded the work on the tale. These are circular signs, equated with traces of dogs’ paws by some at the time, but being in fact graphic representations of the 7 main rhythms of the Gwo-ka music.
  3. Later in 2009, I launched the concept « Mounsinéma, sinema a moun isi or cinema of the people of here » (cinema and arts-graphic parties dedicated to local creation). In this event, I begin to use the first conceptual tools detected 10 years earlier in the graphics of the visuals of the event.
  4. Then in 2012, interestingly, in the midst of several proposals of images that I had given during my candidacy to the AACDD (African and African Design Diaspora) which takes place in London, it is the animation « Chyen blan (Which I had not even mentioned or presented) that was chosen by the staff of this event as the main presentation of my work and as an illustration of the « ABSENT ART » event in which I would participate.
  5. In 2015, I finally decided to present my first solo exhibition, « Asi chimen … pou bout« , at the municipal library of Port-Louis. Here too, I deliver another part of my work through a project of creating pictograms always based on the same guidelines.
  6. Then in 2016, on the basis of an original creation entitled « Kè Péyi« , made especially for the occasion, I am selected by the National Gallery of Jamaica to participate in « DIGITAL » , its first international collective exhibition dedicated to digital art. Always according to the same concept, visually this production presented was based on a choice of formatting using a loop of animated images starting from the rhythmic structure of the famous boulagèl of evenings of traditional local funeral watches.
  7. The same year, in the N ° 2 of the online journal Lespwisavann, I give an excerpt from my point of view on the world of the image, with an article entitled « Imaj é lidé adan on péyi Karayib or vision on the existence of visual-graphic arts in Guadeloupe « .

To summarize, the nerve center of my research is in the visual perception of the artistic, ideological and intellectual contents present in all the traditional manifestations of our Guadeloupean culture. For that, I rely on the ones I like and on what I can show …

Like the musicians of the « Kako » movement, which I think are the closest to the artistic preoccupations I am talking about here, I invite more Caribbean visual artists, particularly, to embrace this virtuous and invigorating creative path …

Article first posted online July 5, 2016 / Cliquez ici pour lire la version française