Corps en arts, vie rustre

Demande d’un grand adulte blême

Ancêtres, je suis très heureux.

Je suis mort heureux.

Et j’ai beaucoup couru

Depuis les musiques de mes notifications

Et pourtant le square est assez plat qui mène aux savoirs.

Ancêtres, j’ai besoin de rester à cette petite place,

Laissez-moi, s’il vous plaît, y rester !

J’espère perdre ma mère dans les rues chaudes.

Quand le jour ne se lèvera plus hors des réponses des immeubles

Où s’ancrent les cœurs que le crépuscule va épouser.

J’espère rester cloîtré dans les quartiers verdâtres

Sur lesquels suintent les rosées de minuit,

J’espère m’éveiller d’un grand réveil du haut de petits buissons sans fruits,

J’espère rester en léthargie

Dès qu’ici claque le tonnerre des nègres

Et que la forêt

Dans une flaque d’algues

Comme une navette flottante

Ingurgite hors la ville leurs capitaines blancs…

Ancêtres, j’espère rester dans ma tête,

Laissez-moi, s’il vous plaît, y rester.

Je dis que, peut-être, un grand blanc en sortira.

Pour que nous restions différents

Des dames des campagnes

Des dames des campagnes et de mauvaise vie.

Car elles, elles espèrent

Rester comme je raconte

Des dames des campagnes,

Des vieilles et mauvaises filles.

Je n’aime pas rester loin de ma case

Où sont les boutiques vides

Que vide un ciel blême autant que ma peau blême.

Je n’aime pas le moment où le soleil aigri

Chante tout fort au-dessus des mahoganys tout droits,

Ne pas entendre ce que montre en plein jour

Le visage clair d’une jeune qui dit en mâchant un chewing-gum

Les aventures de Kim et de Kayny,

Et bien d’autres choses encore

Qui sont dans les smartphones.

Les nègres, vous le savez, n’ont pas assez travaillé.

Pourquoi faut-il, de plus, leur apprendre dans des livres

Qui leur parlent de choses qui sont de chez eux ?

Et puis elle est vraiment trop belle, leur connaissance,

Joyeuse comme ces dames des campagnes,

Ces vieilles filles,

Qui continuent de glander la journée au soleil à son zénith,

Qui connaissent bien comment courir dans leurs hauts talons,

« Qui ne savent plus conter les contes aux veillées. »

Ancêtres, j’espère rester cloîtrée dans ma confortable case de vie !

😦 ? (voir page suivante)

Post anti-colonial ?

Je vis avec un monde où les sorciers en maîtres préparent l’envahissement d’autres planètes consommables.
Et nous nous disons dans une aire post-coloniale.

Je vis sous une nation où les révoltes colorées prévalent, parce que les médias le veulent bien, alors que les révoltes en version originale sont toujours entre noirs et blancs.
Et nous nous disons dans une aire post-coloniale.

Je vis par un pays où une stratégie de sous-développement personnel de masse, qui ne dit pas son nom, s’exécute sans que le peuple qui le subit le sache.
Et nous nous disons dans une aire post-coloniale.

Je vis dans une petite ville sans autre lumière que celle de l’espoir des urnes (électorales et funéraires).
Et nous nous disons dans une aire post-coloniale.

Il y a longtemps que je ne vis ni ne survis plus. Je ne suis plus le seul à me croire seul…

Je sous-vis. Pulses ions, sang Gui, nerf…

À défaut j’assouvis mes pouces… À Sion, sans Guinée…?

 

Luk… (07/05/2019, 23h10)